3 août 2026 · Alexandre

Réforme DPE 2027 : le coefficient de l'électricité passe de 1,9 à 1,7 — qui gagne une classe ?

L'arrêté du 19 août 2026 est publié : coefficient d'énergie primaire de l'électricité abaissé de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027. Logements concernés, attestation gratuite ADEME de changement d'étiquette, audits — et le vrai sujet du confort d'été.

🆕 Mise à jour du 26 août 2026 — c’est désormais officiel. L’arrêté du 19 août 2026 (NOR : VLOL2617030A) est publié au Journal officiel de ce 26 août : après la réforme de janvier 2026 qui avait fait passer le coefficient d’énergie primaire (CEP) de l’électricité de 2,3 à 1,9, il l’abaisse à 1,7 au 1ᵉʳ janvier 2027. Le texte, pris en application de la directive européenne 2023/1791 sur l’efficacité énergétique, fait suite à la consultation publique de juillet — à laquelle Energy Dev (apihom) avait contribué.

Concrètement : des centaines de milliers de logements chauffés à l’électricité verront leur étiquette DPE s’améliorer sans qu’aucun travaux ne soit réalisé — par simple attestation gratuite. Décryptage — ce que dit le texte, les logiques à l’œuvre, et la question qui fâche.

Le coefficient d’énergie primaire, c’est quoi ?

Le DPE ne mesure pas seulement l’électricité que vous consommez chez vous (l’énergie « finale ») : il remonte jusqu’à l’énergie qu’il a fallu mobiliser pour la produire et l’acheminer (l’énergie « primaire »). Pour l’électricité, un facteur de conversion s’applique : chaque kWh consommé compte aujourd’hui pour 1,9 kWh d’énergie primaire dans le calcul de votre note.

Ce facteur n’a cessé de baisser au fil des décennies, suivant l’évolution du mix électrique : 2,58 autrefois, 2,3 jusqu’en 2025, 1,9 depuis le 1er janvier 2026 — et 1,7 au 1er janvier 2027, c’est désormais écrit.

Ce que dit l’arrêté du 19 août 2026, article par article

  • Le coefficient passe de 1,9 à 1,7 dans la méthode de calcul du DPE des logements (article 1ᵉʳ, qui modifie l’arrêté du 31 mars 2021) comme dans celle des bâtiments tertiaires (article 2). Entrée en vigueur : 1ᵉʳ janvier 2027 (article 6).
  • Aucun DPE à refaire : les diagnostics en cours de validité pourront faire l’objet d’une attestation de changement d’étiquette, générée exclusivement par l’ADEME sur le site de l’observatoire DPE et téléchargeable gratuitement par toute personne (article 3). L’attestation remplace l’étiquette initiale, sans remettre en cause les données du diagnostic, et vaut jusqu’à la date de fin de validité du DPE d’origine.
  • Les audits énergétiques aussi (article 4) : leurs classements avant travaux et après travaux, pour chaque proposition de scénario, pourront être ré-étiquetés par le même mécanisme d’attestation — un point important pour les dossiers de vente et de financement en cours.
  • L’arrêté du 13 août 2025, qui fixait le coefficient à 1,9, est abrogé (article 5). Le texte est pris en application de l’article 31 de la directive (UE) 2023/1791 relative à l’efficacité énergétique.
  • Environ 300 000 logements sortiront des classes F et G — donc du statut de « passoire énergétique » — sans intervention sur le bâti : c’est le chiffre de la FAQ du ministère (mise à jour le 26 août 2026), calculé sur les 3,2 millions de résidences principales classées F ou G au 1ᵉʳ janvier 2025, et repris par la synthèse de la consultation publique (environ 200 000 F et 100 000 G).

Attention au chiffre de 850 000 qui circule. Beaucoup d’articles annoncent 850 000 logements sortant des passoires « grâce au 1,7 ». Ce chiffre est exact, mais il concerne la réforme précédente, celle du 1ᵉʳ janvier 2026, quand le coefficient est passé de 2,3 à 1,9 : le ministère l’avait annoncé sur la base du parc au 1ᵉʳ janvier 2023, soit 850 000 sur 4,8 millions de passoires (economie.gouv.fr). Pour la bascule de 2027, l’ordre de grandeur officiel est bien 300 000, soit près de trois fois moins : la marche de 1,9 à 1,7 est plus petite que celle de 2,3 à 1,9, et une partie des logements électriques a déjà changé de classe en 2026.

Les logements concernés sont ceux chauffés à l’électricité — convecteurs, radiateurs, pompes à chaleur, ballons électriques — et, au premier rang, les petites surfaces : studios et T1/T2 urbains, où le chauffage électrique est majoritaire et où chaque kWh/m² pèse lourd.

Pourquoi maintenant ? Trois logiques se superposent

1. Fluidifier un marché du logement grippé. Les interdictions de location progressives (G depuis 2025, F en 2028) ont gelé une partie du parc locatif : des propriétaires retirent leurs biens plutôt que de rénover, l’offre se contracte, et ce sont les locataires — au premier chef les jeunes et les étudiants, gros consommateurs de petites surfaces électriques — qui trinquent. Reclasser ces logements, c’est en remettre une partie sur le marché.

2. La cohérence carbone. L’électricité française est très largement décarbonée (nucléaire et renouvelables). À l’heure où la France cherche une trajectoire crédible vers la neutralité carbone, pénaliser le vecteur le plus propre du mix au profit relatif des énergies fossiles était un paradoxe régulièrement pointé. Le gouvernement inscrit d’ailleurs explicitement cette révision dans son plan d’électrification des usages et la « sortie des énergies fossiles ».

3. L’alignement du signal. Un DPE plus favorable à l’électricité oriente les choix de rénovation (pompe à chaleur, chauffe-eau thermodynamique) et d’équipement dans le neuf — le signal réglementaire rejoint le signal climatique.

La question qui fâche : une étiquette n’isole pas un logement

C’est ici qu’il faut être honnête, et notre expérience de diagnostiqueurs nous y oblige : le coefficient change la note, pas le logement.

Un studio classé F chauffé par des convecteurs des années 90, mal isolé, sans protection solaire, sera reclassé E au 1er janvier 2027 s’il est proche du seuil. Sur le papier, il sort du statut de passoire. Dans la réalité physique :

  • ses déperditions thermiques sont inchangées — les factures de chauffage aussi ;
  • son confort d’été est inchangé — et les dernières canicules l’ont rappelé durement : les petits logements sous toiture, mal isolés et sans traversée d’air, se transforment en bouilloires thermiques. Or ce sont précisément ces logements-là que la révision du coefficient va reclasser en priorité.

Donner accès au logement, oui — c’est même une urgence sociale. Mais dans quelles conditions d’habitabilité ? Un locataire qui emménage dans un studio « E » attendra légitimement autre chose qu’un logement invivable en juillet et coûteux en janvier. La note évolue ; les besoins de rénovation, eux, demeurent. Le risque, bien identifié pendant la consultation, est qu’une partie des propriétaires reclassés remettent leurs travaux à plus tard — alors que l’amélioration réelle du confort, hiver comme été, reste le seul objectif qui compte.

Ce que ça change pour vous, concrètement

Vous êtes propriétaire d’un logement chauffé à l’électricité, proche d’un seuil de classe ? Vous êtes le premier concerné : un logement en début de classe F peut basculer en E, un début de E en D. Dès l’ouverture du service, l’attestation ADEME vous donnera la nouvelle étiquette gratuitement, sans refaire de diagnostic — notre mode d’emploi complet de l’attestation est ici.

Vous vendez ou louez ? Attention au calendrier : entre aujourd’hui et le 1er janvier 2027, une étiquette peut valoir différemment selon la date de la transaction — et la valeur verte de votre bien avec elle.

Vous hésitez à lancer des travaux ? C’est le vrai sujet. Un reclassement administratif peut changer vos obligations, pas votre facture ni votre confort. La bonne décision se prend en connaissant votre note réelle, ce qui la pénalise, et ce que chaque geste de travaux rapporterait — coefficient d’aujourd’hui comme de demain.

C’est exactement ce que fait apihom : notre moteur de calcul — inscrit sur la liste officielle des logiciels DPE validés — intègre déjà le coefficient 1,9 de la réforme 2026 et affiche, pour chaque DPE analysé, l’étiquette qu’il aura au 1er janvier 2027 avec le coefficient 1,7, désormais acté. Analysez votre DPE pour savoir où vous en êtes, vérifiez la fiabilité de ses données, et projetez vos travaux geste par geste — pour améliorer le logement, pas seulement l’étiquette.

Questions fréquentes

Dois-je refaire mon DPE pour bénéficier du coefficient 1,7 ? Non. Votre DPE reste valable jusqu’à sa date d’échéance. À partir du 1er janvier 2027, l’ADEME mettra à disposition, sur son observatoire, une attestation gratuite de changement d’étiquette pour les DPE en cours de validité concernés par le nouveau coefficient : elle s’ajoute au diagnostic existant, sans nouvelle visite. En attendant, Comprendre mon DPE affiche dès aujourd’hui votre future étiquette telle que l’attestation la présentera, calculée avec la méthode officielle et le coefficient 1,7. Le mode d’emploi de l’attestation détaille qui est concerné et comment l’obtenir.

Faut-il attendre janvier 2027 pour faire réaliser un DPE ? Non plus. Un DPE établi aujourd’hui reste valable dix ans, et s’il est chauffé à l’électricité, l’attestation de 2027 lui appliquera le nouveau coefficient sans le refaire. Reporter un diagnostic ne fait que retarder une vente, une location ou un dossier de prêt.

Mon logement est chauffé au gaz ou au fioul : suis-je concerné ? Très peu. Le coefficient ne s’applique qu’à la part d’électricité consommée. Un logement au gaz ou au fioul ne verra sa classe bouger qu’à la marge, par l’éclairage, la ventilation et les auxiliaires. Notre radiographie des passoires montre que 62 % des logements F et G sont dans ce cas, et que, hors chauffage électrique, 1,7 % des DPE seulement gagnent une classe.

Combien de logements changeront de classe ? Le ministère attend environ 300 000 sorties de F et G. Notre projection sur les 15 millions de DPE de l’open data, avec la méthode de l’attestation, donne 188 000 DPE sortant de F ou G (13 %), 89 000 G qui deviennent F et 184 000 F qui deviennent E ; neuf sorties sur dix concernent le chauffage électrique. Les deux chiffres ne comptent pas la même chose (logements du parc d’un côté, diagnostics de l’autre) et l’étude détaille l’écart.

Le passage en classe supérieure change-t-il mes obligations de location ? Oui, dès que l’attestation est délivrée : un logement qui passe de G à F sort de l’interdiction de location en vigueur, un F qui passe en E n’est plus concerné par l’échéance de 2028. Le calendrier de la loi Climat s’applique à l’étiquette en vigueur au moment de la mise en location.


Sources : arrêté du 19 août 2026 (NOR : VLOL2617030A), Journal officiel du 26 août 2026 — source primaire ; FAQ du ministère sur la modification du facteur de conversion (mise à jour du 26 août 2026 : environ 300 000 logements sortent de F et G) ; communiqué du ministère du 31 août 2026 ; economie.gouv.fr sur la réforme du 1ᵉʳ janvier 2026 (850 000 logements, coefficient 1,9) ; consultation publique officielle (9 juillet – 6 août 2026) ; Actu-Environnement ; Batiactu ; Journal de l’Agence. Article mis à jour le 26 août 2026 à la publication de l’arrêté.

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